Protocoles d'arrêt du tabac avec l'hypnose
Article de Jean Touati, hypnothérapeute
Si les résultats de la méta-analyse (Chockalingam, 1992) nous montrent que l’hypnose est le traitement le plus efficace pour l'arrêt du tabac avec un score qui reste toutefois modeste de 36% d'arrêt à 12 mois, certaines études montrent des résultats très supérieurs allant jusqu'à 94% d'arrêt du tabac avec un suivi de 18 mois.
Cet article synthétise deux protocoles (méthodes) conduisant à ces très bons résultats et présente les principes de la démarche que je mets en œuvre et qui conduit à 95% d'arrêt avec un suivi à 12 mois.
Se libérer du tabac avec l’hypnose
Depuis plus de vingt ans, j’accompagne de nombreux fumeurs qui ont pris la décision de se libérer du tabac et choisissent de se faire aider pour retrouver leur liberté le plus sereinement possible.
Beaucoup d’entre eux témoignent de leur ressenti au fil des séances d’hypnose et dans les jours qui ont suivi.
Vous trouverez ici cinq témoignages, accompagnés d’extraits de séances, qui donnent un aperçu de la démarche et de ses effets.
Découvrir les témoignages d’ex-fumeurs : arrêt du tabac et hypnose
Des résultats variables selon les protocoles étudiés
La méta-analyse (Chockalingam, 1992) portant sur 71806 fumeurs montrent que l’hypnose est le traitement le plus efficace pour l'arrêt du tabac avec un score, qui reste toutefois modeste, de 36% d'arrêt à 12 mois. Ces études utilisant l’hypnose mettent en œuvre des protocoles très disparates ; pour certaines il s’agit de séances d’hypnose très courtes, standardisées, réalisées en groupes, le nombre de séances est variable et nous n’avons pas de précisions sur la qualification du praticien. Il est clair que dans un protocole d'arrêt du tabac de nombreux facteurs vont se conjuguer. Parmi ces facteurs, l’expérience du thérapeute et la qualité de la relation établie avec les patients sont des facteurs déterminants. Aussi parler simplement d’hypnose sans préciser sa nature et le protocole mis en œuvre n’a guère de sens. Lorsque je parle de protocole il est bon de préciser qu'il ne s’agit pas d’appliquer à la lettre ce protocole et un discours proposé à l’identique à tous les patients comme nous pouvons le voir dans certaines recherches sur l'hypnose ; par exemple dans le domaine médical l'étude sur la douleur de Danziger et al. (1998).
Les limites des protocoles standardisés en hypnose
Les thématiques de discours et la structure du protocole proposés doivent simplement servir à guider le thérapeute. Tous deux doivent être adaptés à chaque patient. Cette adaptation au patient est inhérente à l’hypnose d'inspiration éricksonienne et s’appuie sur le savoir-faire du thérapeute. J’ajoute qu’une étude sur l’hypnose n’aurait pas de sens si elle ne prenait pas en compte la dimension relationnelle intersubjective et singulière d’un travail en hypnothérapie.
Au-delà de la technique : le rôle du thérapeute et de la relation
Certaines études montrent des résultats très supérieurs à la moyenne de 36% d'arrêt à 12 mois ; j'ai retenu deux études dont je détaillerai le protocole ci-après : Von Dedenroth (1968) a mis au point un protocole utilisant l’hypnose et ayant permis un arrêt du tabac — avec un suivi à 18 mois — à 94% des 1000 sujets impliqués dans son étude ; Hall et Crasilneck (1970) obtiennent un taux d'arrêt de 64% à 12 mois. Cette étude porte sur 75 fumeurs recommandés par leur médecin traitant pour des raisons de santé (emphysème, etc.). On peut considérer cependant qu'il y a un biais significatif dans cette étude étant donné que les patients ont une maladie déclarée.
Des résultats cliniques élevés dans certaines études
Ces études conjuguent des instructions relevant des principes de « communication engageante » (Girandola et Joule, 2008) formalisés en psychologie sociale à des suggestions directes faites aux patients sous hypnose ; il s’agit d’injonction à ne plus fumer et de suggestions recourant à la culpabilisation, l’aversion, l’appel à la peur et aussi visant à limiter les effets de manque.
Communication engageante et stratégies d’influence
La démarche que je mets en œuvre (Arrêt du tabac et hypnose), se rapproche de ces démarches sur le plan des actes préparatoires demandés aux fumeurs (« communication engageante ») et du nombre réduit de séances — 2 ou 3 séances dans mon protocole — mais s'en éloigne radicalement, comme de la plupart des méthodes de communication qui visent à inciter les fumeurs à arrêter la cigarette par des approches se référant à « l’appel à la peur » (Leventhal et Watts, 1967) (Arrêt du tabac : « l'appel à la peur » ou « comment réussir à ne pas arrêter de fumer ») via une information rationnelle et / ou émotionnelle sur les risques pour la santé et la maladie ou, comme dans ces deux protocoles hypnotiques, en se référant également à la peur conjuguées à des suggestions directes d’aversion vis-à-vis du tabac.
L’appel à la peur : efficacité limitée sur le changement comportemental
Prenant le contre-pied de ces approches mon discours hypnotique ne recourt pas du tout à l'appel à la peur et, de manière peut-être surprenante, aucun mot lié explicitement à la cigarette, au tabac ou à leurs conséquences sur la santé n'est prononcé. Il conduit pourtant à un taux d'arrêt de 95% à 12 mois (mesuré sur 60 patients en 2010). Ces résultats doivent être interprétés avec prudence, en l’absence de groupe contrôle et dans un cadre non expérimental (cf. Commentaire : 1.)
Une approche hypnotique centrée sur l’expérience vécue
Mon discours hypnotique se caractérise par des histoires et des « métaphores universelles » positives évoquant la liberté, le bien-être et n’ayant aucun lien direct avec le tabac, également des aphorismes philosophiques et poétiques aussi des poèmes ; en particulier aucun mot directement lié au tabac (tabac, cigarette, fumer…) ou aux risques pour la santé ne sont prononcés. La personnalisation se fait notamment au travers des éléments de personnalité, des loisirs, des activités professionnelles, des anecdotes, des éléments de motivation, des craintes,… et ceci en parcourant toutes les modalités sensorielles — visuelles, auditives, gustatives, kinesthésiques — (en insistant sur les modalités préférentielles) et en s’adaptant au langage et au niveau socioculturel des patients.
De même l’induction hypnotique est toujours adaptée aux sujets et les techniques d’induction sont incluses dans les histoires évoquant la liberté. Je fais, en particulier, comme dans toutes les séances, des suggestions sur la liberté du patient face à des termes ou des suggestions qui ne lui conviendraient pas ; par exemple : « Et de tous les mots qui parviennent aux oreilles de « prénom », « prénom » ne gardera que ceux qui lui sont utiles et qui lui conviennent, il pourra aussi les changer car c’est lui qui sait le mieux ce qui est bon pour lui, les autres mots, il les laisse s’envoler comme les feuilles en automne emportées par le souffle du vent… »
Résultats cliniques et observations en pratique
Les réflexions sur la dynamique d’arrêt du tabac développées dans le rapport Inserm (2004) viennent confirmer ce que j’ai ressenti intuitivement au contact des patients en développant ce protocole ; Prochaska (1979) décrit la dynamique d’arrêt du fumeur en 5 stades ; les fumeurs qui consultent sont pour l’essentiel au stade 3 – préparation : envisage d’arrêter dans les 30 jours et ont déjà fait au moins une tentative dans les 12 mois. Et pour une petite partie au stade 2 – espérance ou contemplation : déclare vouloir arrêter dans le 6 mois mais n’a pas fait de tentative. Les travaux croisant stades et processus de changement que l’on peut classer en 2 catégories : cognitifs ou comportementaux (Prochaska et al. 1988) amènent à comprendre que pour les fumeurs souhaitant arrêter (stade 2 et 3) le mouvement naturel du changement ne va pas vers plus de conflit cognitif — insister sur les risques pour la santé, culpabiliser —, mais plutôt vers moins de conflit cognitif tout en les incitant à l’action. Nous avons vu que cette population représente les 2/3 des fumeurs.
1. Commentaire : Taux de succès à l'arrêt du tabac en clinique
Les résultats observés dans ma pratique peuvent surprendre. En effet, sur un groupe de patients accompagnés en 2010, environ 95 % déclaraient être non-fumeurs à 12 mois (60 patients).
Il faut préciser que ces données correspondent à un suivi clinique et non à une étude randomisée, et doivent être interprétées dans ce cadre.
Ces résultats s’inscrivent dans une approche globale de la personne. Lors du premier entretien, il apparaît parfois certaines difficultés qu’il semble préférable de traiter préalablement à l’arrêt du tabac ; je reçois en particulier des personnes souffrant de troubles anxieux ou de dépression (je rappelle que le tabac contribue à renforcer les troubles anxieux Tabac et troubles anxieux).
Je leur propose alors de les aider à faire face à ces difficultés, en leur expliquant que l’arrêt du tabac peut attendre quelque peu et qu’elles pourront, le moment venu, se libérer du tabac dans de bonnes conditions au cours du travail que nous ferons en hypnothérapie.
Cette approche est généralement bien accueillie et la plupart des personnes se sentent rassurées car, au fond d’elles, bien qu’elles aient pris ce rendez-vous, la cigarette leur donne encore le sentiment d'être un appui, de les apaiser et sentent qu'elles ne sont pas encore prêtes à s'en détacher (cf. Les stades d'arrêt, Prochaska (1979) ci-après).
D’autres présentent une dépendance plus complexe, associant le tabac à la consommation d’autres substances (alcool, cannabis, cocaïne). L’accompagnement en hypnothérapie est alors adapté à chaque personne, en tenant compte de l’ensemble des facteurs en jeu.
Ces situations illustrent à quel point la relation au tabac ne se résume pas à une simple dépendance à une substance.
Arrêt du tabac et hypnose : positionnement du protocole
On entend parfois que l'hypnose aide à arrêter de fumer en suggérant le dégoût de la cigarette. L'approche éricksonienne, dans une vision humaniste, vise bien davantage à retrouver le plaisir de se sentir libre.
La démarche que je mets en œuvre planifie l'arrêt de la cigarette sur deux ou trois séances d'hypnose.
Cinq témoignages, dont les extraits de séances, vous donnent un aperçu de la démarche et de ses résultats.
Lire la suiteArrêt du tabac et hypnose
Arrêt du tabac : l’appel à la peur et ses limites
Toutes les communications des pouvoirs publics visant à influer sur le comportements des fumeurs ont recours à l'appel à la peur via une information rationnelle et / ou émotionnelle sur les risques pour la santé.
Or depuis plus de 50 ans nous savons que l'appel à la peur, s'il peut renforcer le désir d’arrêter de fumer, n’a pas d’effet sur l’arrêt effectif.
Lire Arrêt du tabac : « l'appel à la peur » ou « comment réussir à ne pas arrêter de fumer »
Arrêt du tabac et hypnose : nicotine et dépendance
La Haute Autorité de la Santé — HAS — affirme dans son avis sur les stratégies thérapeutiques d'aide au sevrage tabagique que « le tabagisme est un comportement renforcé par une dépendance, dont la nicotine est le principal responsable ». Aussi préconise-t-elle la prescription de substituts nicotiniques et du Zyban, au passage elle déconseille, sans aucune justification, un certains nombre de thérapies parmi lesquelles l'hypnose.
Dans le même temps l'INSERM nous dit que « la dépendance à la nicotine reste difficile à démontrer, qu’il apparaît clairement que la nicotine ne résume pas la dépendance au tabac. » Quant à l'hypnose, une étude internationale, synthèse de 633 études incluant près de 72000 fumeurs et comparant l'efficacité de toutes les méthodes de sevrage tabagique, conclut qu'il s'agit de l'approche la plus efficace.
Confrontant ces contradictions cet article montre que contrairement à l'avis de la HAS, l'arrêt du tabac relève davantage d’une approche communicationnelle que médicale.
Bibliographie
- CHOKALINGAM V., SCHMIDT F. L. (1992). A meta-analysis comparison of the effectiveness of smoking cessation methods. Journal of Applied Psychology. 77(4). 554-561.
- DANZIGER, N., FOURNIER, E., BOUHASSIRA, D., MICHAUD, D., DE BROUCKER, T., SANTARCANGELO, E., CARLI, G., CHERTOK, L., WILLER, JC. Different strategie of modulation can be operative during hypnotic analgesi: a neurophysiological study. Elsevier Science B.V., 1998
- GIRANDOLA, F., JOULE, R.-V. (2008). La communication engageante. Revue Electronique de Psychologie Sociale, 2, 41-51.
- HALL, J.A., CRASILNECK, H.B. (1970). Development of a hypnotic technique for treating chronic cigarette smoking. Int.J.Clin.Exp.Hypn., 18. 283-289.
- INSERM (2004). Expertise collective. Tabac: Comprendre la dépendance pour agir. Les Editions Inserm
- PROCHASKA, J.O. (1979). Systems of psychotherapy: a transtheoretical analysis. 3rd Edition, Brooks/Cole, Pacific Grove
- PROCHASKA, J.O. VELICER, WF., DICLEMENTE, CC., FAVA, J. (1988). Measuring processes of change: applications to the cessation of smoking. J Consult Clin Psychol, 56: 520-528
- VON DEDENROTH, T.E. (1968). The use of hypnosis in 1000 cases of "tobaccomaniacs". American Journal Of Clinical Hypnosis Volume: 10 Issue: 3 p. 194-197.