Pathologie des troubles dépressifs - dépression, trouble de l'humeur - hypnothérapie et thérapie brève
Article de Jean Touati, hypnothérapeute
Février 2009
La dépression caractérisée touche tous les ans au moins 4,7 % de la population — prévalence sur un an — (Le Pape, 1996). C'est une maladie de longue durée : 45 mois environ (Tylee, 1999), à caractère récurrent dans 75 à 80 % des cas et chronique dans 15 à 20 % des cas (Angst, 1998).
Ce texte décrit les symptômes caractéristiques d'un état dépressif et les différents types de dépression — on parle également de troubles de l'humeur ou de troubles thymiques —. Vous trouverez également un questionnaire permettant de réaliser, soi-même, un premier diagnostic rapide de la dépression puis, en lien, des témoignages de patients ayant été traités en hypnothérapie.
Les symptômes de la dépression
Le syndrome dépressif se caractérise par le ressenti, durant au moins une période de 2 semaines, d’une douleur morale et d’un ralentissement psychomoteur, auxquels s'ajoutent d'autres symptômes non spécifiques.
Douleur morale
La douleur morale s'exprime au travers d’une tristesse durable, peu sensible au réconfort, avec une perte de l'estime de soi — sentiment d'incapacité, d'échec, de honte, de culpabilité —, une incapacité à ressentir du plaisir même pour toutes activités que la personne appréciait habituellement (anhédonie), parfois une incapacité à ressentir un quelconque sentiment, un pessimisme, des idées noires, une rumination du passé.
Ralentissement psychomoteur
Le ralentissement psychomoteur se ressent comme une perte de l'influx vital. La personne peut ressentir une grande fatigue (asthénie), le visage peut être figé, la voix monotone. Cela peut s’accompagner d’une absence de désir (aboulie), d’une diminution de la libido, d’un appauvrissement de la pensée (bradypsychie) avec des troubles de la mémoire et un repli social.
Contrairement aux caractéristiques courantes de la dépression, certaines dépression dites anxieuses, se manifestent par une grande agitation psychique et motrice, les personnes sont enclins à des crises de panique et le risque suicidaire est élevé.
Symptômes non spécifiques associés à la dépression
D’autres symptômes non spécifiques sont souvent présents : l’angoisse qui peut être masquée par le ralentissement, l’anorexie (perte d’appétit) est fréquente mais il peut aussi y avoir une hyperphagie conduisant à une obésité. La douleur morale entraîne souvent de l’insomnie mais le ralentissement peut, au contraire, conduire à une hypersomnie.
Formes cliniques de la dépression
La dépression peut s’exprimer au travers de nombreuses formes cliniques :
Formes somatiques dites « dépression masquée » s’exprime au travers de céphalées, de maux de dos, de troubles digestifs, de douleurs chroniques, etc. Les personnes ressentant ces douleurs ne sont, le plus souvent, pas consciente de leur trouble dépressif.
Formes comportementales, fréquentes chez les adolescents, elles s’expriment à travers la fugue, la recherche du danger (ordalie), des conduites antisociales, etc.
Formes cognitives souvent chez les personnes âgées où l’inhibition intellectuelle peut à tort faire penser à une démence (trouble du type Alzheimer) mais aussi chez les enfants entrainant des situations d’échec scolaire.
Formes addictives comme l’alcoolisme, la toxicomanie, aussi la boulimie et l’anorexie mentale peuvent refléter une sorte de « défense » contre un risque dépressif.
Au-delà de ces formes cliniques, il existe une manifestation particulière de la dépression qui traverse toutes ces présentations : La dépression fonctionnelle (ou smiling depression dans la littérature anglo-saxonne — la dépression qui sourit).
La dépression fonctionnelle
Il existe une forme de dépression particulièrement difficile à identifier — y compris par ceux qui en souffrent — parce qu'elle ne ressemble pas à l'image habituelle de la maladie. La personne continue à travailler, à assumer ses responsabilités, à "faire bonne figure". Elle ne s'effondre pas. Mais quelque chose manque — un élan, une couleur intérieure, la capacité à ressentir vraiment les choses. Un fond de tristesse diffuse, un sentiment persistant que la vie passe à côté, que les moments de joie sont superficiels ou éphémères.
On parle parfois de dysthymie, de dépression masquée, ou de "dépression de haut niveau". Ces personnes consultent rarement un psychiatre — elles ne se sentent pas "assez déprimées" pour cela. Elles ont souvent appris depuis longtemps à compenser par l'activité, le perfectionnisme, l'hyperfonctionnement. Et c'est précisément cette compensation permanente qui les épuise.
L'hypnothérapie peut intervenir utilement dans ces situations — non pas comme substitut à un traitement médical lorsqu'il est nécessaire, mais parce que ce type de souffrance sourde trouve souvent ses racines dans des émotions anciennes et des schémas relationnels qui continuent d'influencer la vie présente sans que la personne en ait pleinement conscience.
Cette souffrance n'est pas toujours ressentie comme un mal-être intérieur clairement identifié. Elle peut parfois se manifester de façon indirecte, à travers une irritabilité inhabituelle, une insatisfaction chronique ou le sentiment que le problème se situe principalement à l'extérieur de soi.
Et si le besoin de changer les autres, de changer de lieu, de modifier son environnement ou de résoudre un problème devenu obsessionnel était aussi, parfois, le signe qu'une autre partie de soi réclame attention, écoute et transformation ?
Quand le mal-être se fixe sur un problème extérieur
Pour aller plus loin : comprendre ce processus insidieux et parfois destructeur
Chez certaines personnes souffrant de dépression fonctionnelle, la souffrance n'est pas toujours vécue comme un mal-être intérieur clairement identifié. Malgré une fatigue émotionnelle importante, une perte progressive de l'élan vital ou un sentiment diffus d'insatisfaction, la personne a souvent l'impression que ce qui ne va pas se situe principalement à l'extérieur d'elle-même.
Cherchant à donner du sens à ce qu'elle ressent, elle peut alors attribuer son malaise à une difficulté particulière qui finit par occuper une place croissante dans ses préoccupations.
Il peut s'agir du conjoint, d'un ami, d'un collègue, du travail, de la maison, d'une situation financière, d'un projet qui n'aboutit pas ou encore du sentiment de ne pas avoir réalisé certaines aspirations personnelles. Ce qui était auparavant vécu comme satisfaisant ou simplement acceptable peut alors devenir progressivement source d'insatisfaction, de frustration ou parfois même de rejet.
Le conjoint constitue souvent l'exemple le plus fréquent, car il est la personne la plus proche et la plus directement impliquée dans la vie quotidienne. Sans que ses comportements aient nécessairement changé de manière significative, il peut progressivement apparaître comme la principale cause du mal-être ressenti.
« Je ne suis plus heureux(se) à cause de toi. »
« Tu ne me comprends pas. »
« C'est notre relation qui me fait souffrir. »
Bien entendu, les difficultés relationnelles peuvent être réelles et méritent toujours d'être entendues. Cependant, il arrive que l'intensité de la souffrance exprimée dépasse ce que la situation conjugale explique à elle seule. Le conjoint peut alors devenir le support privilégié d'un malaise plus global, parfois plus ancien, dont la personne n'identifie pas encore clairement l'origine.
Un phénomène comparable peut se produire dans d'autres domaines de la vie. Certaines personnes ressentent un besoin impérieux de transformer leur environnement :
- Refaire la peinture de l'appartement.
- Changer les meubles.
- Rénover la cuisine.
- Réorganiser entièrement les pièces.
- Envisager un déménagement.
D'autres se préoccupent intensément d'une relation amicale, d'une réussite professionnelle qui leur échappe, d'une injustice ressentie ou d'une comparaison permanente avec les autres.
Dans tous ces cas, la souffrance est bien réelle. Mais il arrive que l'objet désigné comme responsable ne soit pas l'unique source du mal-être. Il peut devenir le point de fixation visible d'une fatigue psychique, d'un sentiment de vide, d'une perte de sens ou d'une frustration plus profonde.
Un élément mérite parfois d'attirer l'attention : l'objet de préoccupation peut changer au fil du temps alors que le sentiment de malaise demeure.
Hier c'était le travail.
Aujourd'hui c'est le conjoint.
Demain ce sera peut-être la maison, un ami ou une autre difficulté.
Lorsque les explications changent mais que la souffrance reste présente, il peut être utile de se demander si le problème se situe uniquement dans l'objet désigné ou si celui-ci est devenu le support d'un mal-être plus profond qui cherche à se faire entendre.
Cette réflexion ne vise pas à nier les difficultés réelles de la vie ou du couple. Elle invite simplement à explorer une autre possibilité : celle qu'une partie de la souffrance provienne également d'un épuisement émotionnel, d'une perte d'élan vital ou d'une détresse intérieure parfois difficile à reconnaître lorsqu'on continue à fonctionner normalement.
Dépression primaire ou secondaire
Lorsque la dépression ne résulte pas d’un autre trouble psychique ou organique on parle de dépression « primaire ». Cette dépression peut résulter à la fois de facteurs déclenchants et de facteurs liés à une personnalité vulnérable. Lorsque la cause traumatique s’impose on parle de dépression « réactionnelle ». Cette cause peut aussi, paradoxalement, être un évènement en apparence heureux : mariage, promotion, naissance...
Lorsqu’il n'y a ni évènement déclenchant notable, ni personnalité fragile on retrouve fréquemment des antécédents personnels et familiaux dépressifs.
Cependant tout trouble psychique peut être associé à des phases dépressives. Lorsque le syndrome dépressif accompagne un autre trouble psychique ou organique on parle de dépression « secondaire ».
Cette catégorisation donne quelques points de repère mais la dépression peut être à la fois la cause initiale mais aussi la conséquence d’un autre trouble psychique. Elle peut aussi comporter à la fois des éléments psychogènes primaires et / ou secondaires et des éléments somatogènes.
Auto-évaluation de la dépression
Seule une consultation chez un professionnel de la santé vous permettra de poser le diagnostic de dépression. Mais vous pouvez vous faire une première opinion en répondant aux questions du MINI, un outil d’auto-évaluation rapide.
MINI questionnaire d'auto-évaluation de la dépression
Au cours du mois dernier, avez-vous eu une période, d’une durée d’au moins deux semaines, pendant laquelle :
1/ Vous vous êtes senti(e) triste, cafardeux(se), déprimé(e), la plupart du temps au cours de la journée, et ce, presque tous les jours ? O/N
2/ Vous aviez presque tout le temps le sentiment de n’avoir goût à rien, d’avoir perdu l’intérêt ou le plaisir pour les choses qui vous plaisent habituellement ? O/N
Si vous avez répondu non à ces deux questions, vous ne vivez sûrement pas une phase dépressive. Si vous avez répondu oui à au moins une de ces deux questions, poursuivez.
Durant cette période de 2 semaines :
3/ Votre appétit a-t-il notablement changé ou avez-vous pris ou perdu du poids (au moins 5%) sans en avoir l’intention ? O/N
4/ Aviez-vous des problèmes de sommeil (endormissement, réveils nocturnes ou précoces, hypersomnie) presque toutes les nuits ? O/N
5/ Parliez-vous ou vous déplaciez-vous plus lentement que l’habitude, ou au contraire, vous sentiez-vous agité(e) et aviez-vous du mal à rester en place ? O/N
6/ Vous sentiez-vous presque tout le temps fatigué(e), sans énergie ? O/N
7/ Manquiez-vous de confiance en vous-même, ou vous sentiez-vous sans valeur, voire inférieur(e) aux autres, ou vous êtes-vous fait des reproches, ou vous êtes-vous senti(e) coupable ? O/N
8/ Aviez-vous du mal à vous concentrer, ou à prendre des décisions ? O/N
9/ Avez-vous eu à plusieurs reprises des idées noires, comme penser qu’il vaudrait mieux que vous soyez mort(e), ou avez-vous pensé à vous faire du mal ? O/N
Si le nombre de oui (y compris aux questions 1 et 2) est supérieur ou égal à 4 : il est possible que vous traversiez une phase dépressive.
MINI : Mini International Neuropyschiatric Interview conçu par David V. Sheehan aux Etats Unis et par Yves Lecrubier en France (Inserm U 302), 2005
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Bibliographie
- ANGST, J. Major depression in 1998: are we providing optimal therapy? Journal of Clinical Psychiatry. 1999: 60: 5-9.
- LECRUBIER, Y., SHEEHAN, DV., WEILLER, E., et al. (1997). The Mini International Neuropsychiatric Interview (MINI). A short diagnostic structured interview: reliability and validity according to the CIDI. Eur Psychiat, 12(5): 224-231.
- LE PAPE, A., LECOMTE, T. Aspects socio-économiques de la dépression. Evolution 1980-81/1991-92. Credes, 1996
- PLAGNOL, A. Sémiologie et psychopathologie de l’adulte, in Psychologie Clinique et Psychopathologie. Paris: Presses Universitaires de France, 2006
- SHEEHAN, DV., LECRUBIER, Y., SHENAN, KH. et al. (1989). The Mini-International Neuropsychiatric Interview (MINI): The development and validation of a Structured Diagnostic Psychiatric Interview for DSM-IV and ICD-10. J Clin Psychiat, 59(20): 22-33.
- TYLEE, A., GASTPAR, M., LEPINE, JP., MENDLEWICZ, J. DEPRES II (Depression Research in European Society II): a patient survey of the symptoms, disability and current management of depression in the community. DEPRES Sterring Committee. International Clinical Psychopharmacology. 1999 ; 14 (3): 139-51.
La dépression et les troubles de l'humeur peuvent progressivement altérer l'énergie, la motivation, la confiance en soi et la capacité à se projeter dans l'avenir. Le travail en hypnothérapie à Paris peut contribuer à mieux comprendre certains mécanismes de maintien de la souffrance psychologique, à mobiliser les ressources personnelles et à favoriser une reprise progressive du mouvement vers les activités, les projets et les relations qui comptent pour la personne. Je vous accueille au cabinet Orgadia, situé dans le quartier Rivoli – Châtelet – Les Halles à Paris 1er, ainsi qu'en visioconférence.