
Gestion du stress, prise de parole en public et hypnose
Article de Jean Touati, Hypnothérapeute
Difficile de trouver un article sur le coaching sans tomber telle une litanie sur : « Le coaching n’est pas de la thérapie ». Pourtant, il est bien dommage d’ignorer ou de rejeter certaines techniques psychothérapeutiques qui par leur efficacité et leur champ d’application trouvent toute leur place dans le coaching.
Prenons le cas de Boris, cadre supérieur dans une multinationale de 50 000 salariés. Malgré un travail sur sa communication, Boris ressent immanquablement un stress profond et invalidant avant les symposiums internationaux qu’il organise chaque année. Il est convaincu d’avoir « tout essayé » – stage en gestion du stress, coaching intensif en communication, etc. Il commente avec dépit : « le coach m’a fait répété 14 fois mon discours, j’ai ennuyé toute mon équipe, il a même trouvé nécessaire de m’accompagner lors du colloque…à Hawaï. Finalement, on m’a dit que j’ai fait un discours à la Fidel Castro qui a ennuyé tout le monde ». Il ajoute qu’il n’y a rien à faire et qu’il refusera, au dépend de sa carrière, de prendre un poste trop exposé. Curieusement en écoutant Boris, je ne ressens pas cela et je lui propose de l’aider sur ce point. Bien évidemment celui-ci ne se montre pas très enthousiaste : « je ne vais pas recommencer à nouveau le travail sur ma communication, comme je vous l’ai dit je pense qu’il n’y a rien à faire ». Je lui dis qu’il est possible de faire quelque chose et que je ne lui parlerai pas de communication… Ce qui évidemment ne manque pas de le surprendre.
Je perçois que Boris n’a pas, ou n’a plus, les difficultés qu’il imagine quant à sa communication. D’ailleurs, la vidéo qu’il me remet à la fin de cette première séance, pour que je constate « l’ampleur du problème », met paradoxalement en évidence d’indéniables qualités d’orateur. En bonne logique, Boris, comme son entourage dans l’entreprise, sont convaincus que, s’il est stressé à ce point lorsqu’il doit prendre la parole en symposium, c’est qu’il a des difficultés en communication et qu’il faut l’aider à progresser sur ce plan.
Le regard global et singulier que je porte sur lui lors de cette première séance m’amène à penser que son problème se situe ailleurs. Le travail que nous ferons confirmera qu’il réactive inconsciemment, face à l’idée de devoir prendre la parole devant un grand groupe, un malaise profond lié à un souvenir traumatique. Une unique séance consacrée à cette question lui permettra, non seulement, de se libérer durablement de son stress et, à son grand étonnement, de recevoir de nombreuses félicitations à l’issue de ses présentations. Le stress de Boris s’apparentait à une phobie qui a été traitée ici par une technique de thérapie brève PNListe (programmation neurolinguistique) associée à une hypnose conversationnelle. Cette technique vise à dissocier les émotions associées par le passé à certains événements pour établir une nouvelle association, cette fois bénéfique à la personne. Ce changement, par sa rapidité, présente pour les intéressés un caractère un peu « magique », qu’ils relient difficilement au travail réalisé ; Boris dira avec humour : « Je ne vois vraiment pas le rapport avec ce que nous avons fait durant cette séance, mais je dois vous avouer que quelque chose m’inquiète un peu – en souriant – je n’ai plus aucun stress à l’idée de ce symposium... ».
En France, on pense encore trop souvent, certainement à cause de la prégnance psychanalytique, qu’un travail psychothérapeutique consiste nécessairement à rechercher les causes d’un trouble dans le passé, dans l’enfance, dans les relations avec les parents,… et que la guérison passe nécessairement par la prise de conscience de ses causes supposées et de la signification de son symptôme. En réalité, le champ des thérapies brèves se référant à la PNL, à l’Analyse Transactionnelle, à l’hypnose éricksonienne, etc., activent d’autres ressorts thérapeutiques et leurs outils trouvent, non seulement, toute leur place dans le coaching mais, plus encore, constituent pour l’essentiel les outils de gestion de la relation et d’activation du changement du coaching.
Au-delà de ce type de technique, les effets thérapeutiques du coaching, que le coach en ait conscience ou pas sont toujours présents. Souvent, à l’instar de Victor, cadre dirigeant, les personnes nous diront : « Je me rends compte que le coaching me donne beaucoup plus de liberté dans ma vie de tous les jours, dans mes décisions, mes choix. Je passe plus facilement à l’acte sans me mettre de barrière personnelle… ». Même si la demande professionnelle reste le fil conducteur de son intervention en entreprise, le coach doit être capable d’appréhender et d’accueillir la personne dans sa globalité. Il n’y a pas une personne au travail et une autre en dehors de l’entreprise.
Aussi, un coach de cadres et dirigeants ne doit pas uniquement puiser dans des concepts et modèles de réflexion stratégique, de management ou de psychologie. Il doit également avoir l’expérience et le vécu d’une pratique thérapeutique et être parfaitement conscient des effets thérapeutiques de son accompagnement.
En savoir plus sur le déroulement de la séance : témoignage
Gestion du stress, prise de parole en public et hypnose
