Hypnose Thérapeutique

Hypnothérapie . Hypnose Ericksonienne . Thérapie brève . Pnl . TCC . Paris

Témoignage / Phobie de l'avion
Traitement de la phobie de l'avion et des transports avec l'hypnose

Phobie de l'avion et hypnose

Compte tenu des règles déontologiques de respect du secret professionnel et de réserve vis-à-vis des patients, les prénoms ainsi que certains éléments biographiques ont été modifiés.

Clara souffre d'une phobie de l'avion qui s'est développée récemment suite à une crise de panique avant d'embarquer pour le dernier vol qu'elle n'a pas pu prendre.

Nous voyons, au cours de cette séance, comment certains événements de vie peuvent, par associations émotionnelles, réveiller des traumas anciens et se lier aux affects ainsi réactivés. Nous voyons, également, que lorsqu'une phobie (souvent associée à une crise de panique) est traitée précocement celle-ci peut disparaître rapidement voire, dans certains cas, à l'issue d'une unique séance d'hypnose. Une crise de panique qui survient dans un lieu public, peut souvent donner lieu à une agoraphobie secondaire ; d'où l'intérêt d'un traitement précoce.

La narration de cette séance illustre le protocole de régression en âge sous hypnose avec « double dissociation » particulièrement efficace pour le traitement des phobies spécifiques (ou dites simples).

En fin de texte vous trouverez, en lien, des articles traitant de la pathologie, du traitement des troubles phobiques ainsi que d'autres témoignages.

 

Clara est une jolie jeune fille de 21 ans, se montrant, lors de cette 1ère séance de thérapie, gaie et pleine d’allant. Elle raconte avec un léger et sympathique accent de Marseille : « J’ai une phobie de l’avion qui m’est venue dernièrement. Je prends l’avion depuis que je suis née, mes parents voyages beaucoup. J’ai jamais vraiment aimé l’avion mais il n’y avait pas de soucis majeurs, j’ai fait de très long vols et depuis quelques temps, j’avais de plus en plus peur, je faisais des crises d’angoisse dans l’avion et la dernière fois je devais faire un tout petit vol : Paris - Marseille et impossible de monter dans l’avion, j’ai fait une crise de panique, je me suis presque évanouie, on m’a amené au secours. J’étais déjà enregistrée, j’avais embarquée, tout ça... J’ai finalement pris le train pour redescendre et là je dois faire un stage en mai à New York et donc il faut que je prenne l’avion absolument le 10 mai et j’ai très peur que ça m’arrive comme là pour ce vol Paris - Marseille. Alors que je suis encore allée au Mexique cet été, je suis allée à Rome à Noël, et là vraiment je peux plus monter dans l’avion. »

Clara termine sa dernière année d’école de mode, elle veut être responsable de collection et ce travail nécessitera beaucoup de voyages. Elle doit faire un stage à New York puis doit ensuite passer un an à Milan. Elle me dit : « j’attends beaucoup de cette séance depuis la dernière fois où je suis passée devant chez vous par hasard. Ensuite je suis allée voir sur votre site internet et j’ai vu tout ce que vous traitiez, en fait, et je me dis si ça marche il y a plein d’autres points que je voudrais aborder. » Clara raconte qu’elle est très sensible, qu’elle a du mal à s’exprimer à l’oral, qu’elle a le trac, qu’elle est très stressée. Pour ses études, elle doit passer un « grand oral » devant un jury de professionnels : « ça m’angoisse terriblement, je deviens toute rouge, je n’arrive plus à structurer mes pensées, je parle mais mes phrases n’ont plus vraiment de sens, je suis tellement angoissée à me demander ce que les autres pensent de moi, comment ils me voient...»

Je lui dis que l’on va commencer par l’avion mais que parfois il peut y avoir des effets bénéfiques sur d’autres domaines...

Nous revenons à l’avion : « Petite, je disais à mes sœurs, j’ai peur, aussi elles me faisaient rigoler. Petit on est moins conscient d’être dans l’avion, dans les airs. Elles me faisaient rire et ça passait, et là, je ne sais pas, peut-être aussi beaucoup à cause du 11 septembre, des attentats, qui m’ont fait beaucoup flipper, entre guillemets. Et là, je fais des cauchemars pour ce vol d’à peine 9 heures pour aller à New-York. » Elle ajoute qu’elle écrit ses rêves tous les matins : « Parfois je suis dans l’avion et le pilote me dit tu vois tout se passe bien, sur d’autres vols, la dernière fois l’avion était tombé, il a amerrit, il y avait avec moi ma famille, certains sont morts noyés – mon frère a failli se noyer quand il était petit, je dois sûrement faire un parallèle – voilà « c’était un terrible drame (en riant). »

Je lui demande si elle se rappelle ce qu’elle faisait le 11 septembre 2001. Comme tout le monde elle peut raconter en détail cette journée où une forte émotion imprime pour toujours un souvenir dans notre mémoire épisodique 1.

Clara, comme beaucoup de patients n’ayant pas l’habitude d’un travail thérapeutique, dit, sans que cela ne semble réellement le cas, ressentir une certaine gêne à s’entendre parler d’elle : « Je parle beaucoup de moi, je n’ai pas l’habitude de parler de moi, d’habitude c'est les autres qui se confient à moi. » Elle raconte qu’a l’adolescence elle a fait de la boulimie et de l’anorexie, qu’elle a été voir un « psy » mais que ça s’était mal passé. Elle précise : « Ça a duré 1 an, jusqu’à ce que je tombe amoureuse. L’amour m’a sauvé ! »

Clara poursuit : « J’avais vraiment envie de venir, j’attendais, quoi. »

Je l’interpelle : « Vous savez à qui vous ressemblez, dans le milieu de la mode ? »

Clara surprise en riant : « Non, je ne sais pas du tout.

— On ne vous l’a jamais dit, ça ?

— Ah non !

— Vous avez un petit air de Laëtitia Casta.

—(En riant) Ah, mon père me le dit pour rigoler. C’est gentil. »

Tout au long de cet échange anamnestique (histoire du trouble et antécédents du patient), ce « jeu relationnel » amène Clara à s’ouvrir, à exprimer sa personnalité. Je noue ainsi, avec elle, une bonne relation thérapeutique ; la compréhension de son trouble, le rire, la surprise... favorise l’établissement d’une relation agréable et de confiance qui apporte une proximité et une fluidité utile à la poursuite du travail en hypnose.

[…]

Après d’autres échanges, Clara, se sentant à l’aise maintenant, a beaucoup de questions sur l’hypnose et sur les qualités nécessaires à un hypnothérapeute... J’enchaîne naturellement vers l’induction hypnotique :

« Alors Clara comment ça marche l’hypnose ? On va décroiser les jambes, poser les mains sur les jambes, puis s’installer le plus confortablement possible. Ça va, vous êtes à l’aise ?

— Parfait !

— ... et puis on peut regarder quelque chose dans la pièce ou une de vos mains comme vous voulez… » Clara décide de fixer sa main gauche ; elle porte une bague avec une perle grise.

Je poursuis par une induction sur le regard porté sur sa main puis je l’amène à approfondir la transe hypnotique au travers de la reviviscence d’un souvenir agréable mêlé à des suggestions métaphoriques de changement aujourd’hui possible. A mes paroles se mêle maintenant le piano de Keith Jarrett dans son improvisation de Köln Concert. La liberté du jeu m’inspire en l’accompagnant : « Et la résolution de cet accord ne pourrait-elle présager de la résolution du trouble de Clara ? Clara joint spontanément ses index et ses pouces. Je ratifie (lui décrit ce qu'elle fait) pour associer ce sentiment agréable à ce geste (on parle « d'ancrage »).

Une fois en transe, je l’invite à retourner dans la salle d’embarquement pour retrouver cette sensation difficile. Je prends son poignet pour « ancrer » cette sensation puis je l’amène à rejoindre une salle de cinéma pour regarder le film de sa vie tel que je l’ai décrit dans la démarche de régression en âge (RHV) et je lui demande de faire un signe dès qu’une scène plus forte qu’une autre s’impose à elle, puis je l'invite à décrire ce qui se passe :

« Je vois l’intérieur d’un avion, c’est un vol dans l’année où il y a eu un très gros trou d’air. Le pilote dit que les masques à oxygène vont peut-être tomber. Je suis à l’arrière de l’avion, je revois les gens s’affoler.

— Qu’est-ce que Clara ressent ?

— La peur mais je dois m’occuper d’une petite fille qui voyage toute seule et je dois la rassurer. 

— Elle réussit à bien jouer son rôle, à bien rassurer la petite fille ? 

— Ouai, elle est avec son nounours, je lui disais "comment il s’appelle ? "

— Elle se rappelle comment il s’appelle ? (Clara sourit) Qu’est-ce qu’elle revoit d’autre dans cette scène ?

— Moi. 

— Elle se revoit, là ?

— Oui.

— Qu’est-ce qu’elle fait ?

— Elle respire fort pour ne pas paraître stressée pour la petite fille.

— Elle prend sur elle, quoi.

— Au début elle est stressée et après relaxée. Parce que je me suis évadée par la pensée et après je pense à autre chose donc ça m’a détendu même si ça bougeait énormément.

— Et après comment ça se passe ?

— Après, à un moment l’avion se stabilise, les gens en profitent pour se relaxer et après ça reprend et très difficilement on atterrit à Marseille.

— Ah oui... Clara raccompagne la petite fille, elle est toujours près d’elle ?

— Non, c’est l’hôtesse.

— Elle n’a pas eu trop peur, la petite fille, alors ?

— Si, elle a eu très peur. Je lui ai occupé l’esprit comme faisait mes sœurs avec moi.

— Ah oui, qu’est-ce qu’elles faisaient ses sœurs à Clara ? C’était à quel moment ? »

Clara fond soudainement en larmes. Elle est prise de convulsions et cherche à s’excuser.

Je sens qu’il n’est pas utile d’approfondir davantage ce qui lui revient à ce moment-là :

« On n’a pas besoin de savoir ce que font ses sœurs. On va reprendre le souvenir agréable juste en laissant comme tout à l’heure le pouce et l’index entrer en contact.

— Où est ce souvenir ? Elle veut le dire Clara ?

— Dans une galerie parisienne avec mon copain. »

Je l’amène à revoir se souvenir, à se voir elle-même avec son copain, à retrouver les parfums, les sons… Je poursuis par des métaphores de bien-être et de changement en approfondissant la transe.

Puis je l’amène à revoir un instant l’image de la petite fille qu’elle rassure dans l’avion avec son nounours en regardant de l’extérieur comme si l’on regardait un film, puis : « Clara va laisser ce film se poursuivre et va retrouver un événement, sans rien de spécial, avant ce moment en laissant venir ce qui vient... On regarde cette image sur l’écran et je fixe l’image sur l’écran (dans mon discours j’utilise le « je » en synchronisation avec son ressenti), je fige l’image comme une photo, un arrêt sur image. Je peux regarder les couleurs, me voir... Clara va faire encore plus fort : se dédoubler, sortir d’elle-même, et voir Clara qui regarde cette scène sur l’écran ; elle est capable de voler dans la salle ! Elle voit l’autre Clara regarder le film ? (Clara indique que oui)... et elle va retrouver sa sensation agréable avec son copain dans la galerie, peut être se faire des petits câlins en marchant avec son copain...et va garder cette sensation de bien-être et laisser le film à nouveau se dérouler et toutes les scènes vont repasser... Il y a une Clara assise qui regarde. On peut même faire plus, sortir de la salle et, comme un oiseau s’envoler en dehors de la salle, survoler la ville, Paris, ressentir ses ailes, sentir l’air sur mon visage, être bien... je sais que dans la salle Clara regarde le film. Moi je profite de ce moment légère et tranquille je peux voir les monuments de Paris, mon quartier, en m’élevant encore je peux voir la Seine... je sais que le film que regarde l’autre Clara dans la salle s’arrêtera à un moment neutre de ces jours-ci, moi je sens l’air sur mon visage, je me sens légère, et je peux aller encore plus haut, pourquoi pas m’élever encore plus et avec quelques battements d’ailes pourquoi je n’irais pas faire un tour à Marseille, voler au-dessus des calanques de Cassis et entendre le bruit des vagues (je mets en fond sonore le bruit des vagues) pendant qu’à Paris une autre Clara regarde le film. Elle peut sentir l’embrun, en inspirant elle peut sentir l’odeur de la mer, le bruit des vagues, marcher dans les calanques, une petite crique, sentir l’eau sur ses chevilles, le vent, le sable... pourquoi pas aller me baigner et comme un oiseau qui s’envole on va revenir à Paris, voir les villes défiler, Aix, au loin Marseille qui s’éloigne, survoler Valence, Lyon qui se dessine devant nous, le Rhône, Dijon sur notre droite et revoir Paris, revenir dans la salle de cinéma pour voir ce qui se passe. On va voir que le film s’est arrêté et l’on va voir l’image, une image neutre, une image d’aujourd’hui sans rien de particulier. On voit une image, qu’est-ce que c’est, Clara ?

— Tout à l’heure avec ma copine au restaurant.

— Aux anges ? (c’est le nom du restaurant au pas-de-porte de l’immeuble)

— Ah oui c’est pour ça que Clara est capable de voler. On va se rapprocher. On regarde cette Clara qui a regardé ce film se dérouler, on va juste, pas ressentir ce qu’elle a ressenti. Alors on va se rapprocher d’elle, réintégrer son corps et juste ressentir comme elle se sent bien et apaisée... »

Je poursuis par un discours sur le bien-être puis je remets les premières notes de Köln Concert déjà entendues au début tout en poursuivant par de nouvelles métaphores de liberté, de changements scandés par un décompte de retour puis je l’amène à rouvrir les yeux : « alors, pour que tout ce que l’on ressent, les bonnes choses, ces moments agréables deviennent réalité il faut... Qu’est-ce qu’il faut Clara ?... (Clara sourit) Il faut commencer par... se réveiller !

Clara rouvre les yeux.

— Voilà ce voyage, ça va ?

— Ça fait du bien, ça va, ça va, c’est apaisant.

— C’était bien Marseille ?

— Oui, ça fait du bien de redescendre.

— C’était bien les Calanques ?

— Oui, j’habite juste à côté de Cassis. »

Clara a à nouveau envie de discuter. Ce qu’elle a vécu en hypnose lui évoque un ressenti qui lui est familier comme cette sensation de pouvoir se voir de l’extérieur. Après un moment elle me demande :

 « Et quand je me suis mise à pleurer, pourquoi ?

— C’est vous qui savez ?

— Oui, mais ça veut dire quoi ?

— Qu’est-ce qui est venu à ce moment là ?

— En fait on parlait de ma sœur qui me protégeait à ce moment-là dans l’avion quand j’étais petite et je fais toujours le parallèle entre moi et mon petit frère. J’ai l’impression de devoir le protéger constamment depuis qu’il a failli se noyer, je pense qu’il y a un blocage par là. »

Clara raconte que son petit frère est tombé dans la piscine lorsqu’il avait 1 an, que les pompiers sont arrivés et ont dit qu’il était décédé : « Il était en fait dans un coma hypothermique. Mes parents et mes sœurs ont été suivies psychologiquement. Moi comme j’étais petite, j’avais 5 ans, on ne m’a rien fait faire et j’ai des images de mon frère à l’hôpital, avec tous les tuyaux, qui me reviennent. Mes parents ont dû penser que j’étais trop petite pour comprendre ce qui se passait mais j’en ai toujours entendu parler. Comme je voyais ma sœur me protéger ça m’a mis dans la situation où je dois protéger mon petit frère, je fais beaucoup de cauchemars où mon petit frère se noie et où je dois le sauver au dernier moment. »

Quelques temps après cette séances les parents de Clara lui ont offert un vol dans un aéroclub et Clara s’est rendue à New-York en laissant derrière elle ce moment de panique.

__________________________________

Pathologie et traitement des troubles phobiques

Pour approfondir la pathologie, le traitement des troubles phobiques et lire d'autres témoignages

Lire Pathologie et traitement des troubles phobiques en hypnothérapie : phobies simples, agoraphobie et phobie sociale Pathologie et traitement des troubles phobiques


Les bienfaits du traitement par régression en âge et discussion sur les prémices de la psychnalyse

Pour approfondir les concepts et l'approche présentée au cours de cette séance vous pouvez vous référer aux différents articles Les bienfaits du traitement par régression sous hypnose et discussion sur les prémices de la psychanalyse Les bienfaits du traitement par régression sous hypnose et discussion sur les prémices de la psychanalyse

__________________________________

 

Mémoire épisodique : en psychologie cognitive la mémoire épisodique ou mémoire autobiographique désigne le processus par lequel on se souvient des événements vécus avec leur contexte (date, lieu, état émotionnel). Cette sous-partie de la mémoire long terme s'oppose à la mémoire sémantique qui est la mémoire des faits et des concepts. Cette distinction fut introduite par le psychologue Endel Tulving en 1972. retour au texte Mémoire épisodique

 

TULVING, E. (1972). Episodic and semantic memory. In Organization of Memory. Academic Press.

CANCEIL,O., COTTRAUX, J., FALISSARD, B., FLAMENT, M., MIERMONT, J., SWENDSEN, J., TEHERANI, M., THURIN, JM. Expertise collective, Psychothérapie : Trois approches évaluées. Rapport INSERM, 2004 

 

Jean Touati

Hypnothérapeute

Thèmes associés : Agoraphobie | Psychothérapie | Thérapie brève | Crainte de toutes situations sans issues ou sans secours facilement accessibles : transports en commun, train, avion, métro, ascenseurs... | Foules | Files d'attentes | Phobies simples ou spécifiques | Soins dentaires | Piqures | Peur excessive | Phobie des animaux : souris, chien, araignée, serpent, oiseau, insectes, chiens, araignées, serpents, oiseaux... | Phobie du vide, de la hauteur | Examens | Ecole | Vue du sang | Emetohobie | Peur de vomir | Peur de l'eau | Peur de nager en eau profonde | Peur de la conduite automobile | Peur de conduire sur autoroute | 75 |

Cabinet Orgadia Paris © 2001 - 2012
Ancienne adresse : 46 rue Montmartre 75002 Paris - 2 rue de Clichy 75009 Paris