
Traitement de la boulimie en hypnothérapie
Compte tenu des règles déontologiques de respect du secret professionnel et de réserve vis-à-vis des patients, les prénoms ainsi que certains éléments biographiques ont été modifiés.Coraline a 19 ans. Elle fait des crises de boulimie depuis l'âge de 13 ans. Longtemps cela a été des crises tous les jours voire plusieurs fois par jour après lesquelles elle se faisait vomir.
Depuis quelques temps, les crises sont moins fréquentes mais elle mange constamment et en grande quantité jusqu'à ce qu'elle ait mal au ventre. Pendant ses crises, elle entend toujours « c'est pas bien ». Après, elle se sent coupable, se dit encore ce n'est pas bien. Elle pense toujours à manger. Quand elle rentre chez elle, elle commence en chemin à penser à ce qu'elle va pouvoir manger. Elle aime manger surtout du fromage et des gâteaux mais s'il n'y en a pas elle peut manger tout ce qu'elle trouve. Elle n'a pourtant jamais faim. Depuis qu'elle a atteint, vers ses 15 ans, sa taille adulte elle a pris 20kg. Elle pèse aujourd'hui 64 kg pour 1,58 m.
Elle me dit qu'elle ne s'aime pas, qu'elle manque de confiance en elle : « Les journées où je ne fais pas grand chose, j'ai le sentiment que j'aimerais bien être quelqu'un d'autre. Je réfléchis à ce que je voudrais changer chez moi et je me rends compte qu'il faudrait que je change tout, physiquement et mentalement. Alors j'en viens à la conclusion que ce serait plus simple si j'étais telle ou telle personne ; des gens de mon entourage que je connais. Si je pouvais, je changerais tout, le caractère, la façon d'être. Je voudrais être plus sûre, moins timide, comme certains qui peuvent parler, engager la conversation avec n'importe qui, être comme ces gens avec qui on a envie de parler naturellement. »
Elle est seule en ce moment et aimerait bien avoir un petit ami, mais elle sait, d'expérience, que cela ne la rend pas plus sûre d'elle. Elle s'étonne d'avoir confiance en elle pour ce qui ne lui plaît pas ; elle a commencé des études en droit et en philosophie où elle a très bien réussi. Elle ne va pourtant pas poursuivre mais recommencer un cursus dans le sport. Coraline est en effet très sportive : passionnée d'équitation, elle fait de la compétition, du saut d'obstacle. En compétition c'est pareil, elle a perdu sa confiance : « Avant je me disais "je vais gagner", maintenant je me dis plutôt "j'espère que je ne vais pas perdre". » Sa mère l'encourage a poursuivre dans cette voie qui semble remplir sa vie.
Coraline avait commencé un travail thérapeutique mais elle ne se sentait pas à l'aise. Lorsque je l'interroge sur les prémices de son trouble elle me dit que beaucoup de gens pensent que ça a commencé quand ses parents se sont séparés mais que cela ne l'a pas plus traumatisé que ça, qu'elle l'a bien pris. Elle ajoute qu'elle ne voit pas souvent son père. Elle raconte aussi qu'entre 14 et 15 ans elle n'arrivait plus à aller en cours, elle ne pensait qu'à manger toute la journée, mais elle a tout de même eu son bac avec mention assez bien.
Je verrais, en tout, Coraline au cours de 3 séances. Ses crises de boulimie se sont calmées à l'issue de la seconde séances. Depuis, je n'avais pas eu de ses nouvelles. Un an après elle revient me voir pour arrêter de fumer et me raconte comment ses crises ont disparues.
Elle me dit : « Quand j'ai voulu arrêter de fumer, j'ai eu deux petites crises ou je mangeais un peu sans me contrôler et ou je culpabilisais après, mais qui n'ont rien à voir avec celles d'avant. Aussi, je me suis dit que j'allais revenir vous voir pour me faire aider. » Je constate que Coraline a bien minci. Elle me dit qu'elle a perdu 12kg, sans faire d'effort particulier, sans se contraindre. J'apprends qu'elle a aussi maintenant un petit ami (qui fume aussi).
Dans cette séance sur le tabac, je lui explique ce que ressentent les fumeurs lorsqu'ils arrêtent avec le travail que nous faisons en hypnose. Elle rebondit en me disant : « Pour moi, ça a été pareil : j'ai vu les journées passer en me disant tiens je n'ai pas pensé à la nourriture. »
Elle poursuit spontanément et m'explique ce qu'elle a ressenti après nos séances : « Je ne vous l'avais pas dit, mais en venant vous voir je ne croyais pas trop à l'hypnose, j'avais dû essayer déjà cinquante mille façons. Je me suis dit de toutes façons une de plus ou une de moins, on va essayer. C'est une amie de ma mère qui m'avait conseillé l'hypnose. Il faut dire que j'avais vu des psy, des diététiciens, j'avais vu vraiment plein de gens. Avec ma mère on avait fait tout un programme pour essayer d'arrêter. Ma mère essayait de m'aider au maximum. Ça avait aidé à diminuer un petit peu mais ça ne m'a jamais aidé à arrêter. En classe de 3ème, il y a des fois où je n'allais pas en cours parce que je ne pensais qu'à ça, je mangeais toute la journée après ça s'était un peu calmé mais j'ai toujours continué à faire des crises jusqu'à ce que je vienne vous voir. Même dans des périodes ou je ne faisais pas de crises, quand je mangeais un peu lourd ou gras je culpabilisais pendant cinq jours, je ne m'en remettais pas, alors que maintenant, non. Enfin, des fois encore un peu. Je culpabilise quand je vais manger un truc très gras mais beaucoup moins, en fait, un peu comme tout le monde. Des fois quand je suis invitée à manger, je peux bien manger sans culpabiliser ; je me dis que lendemain je mangerai plus léger.
J'ai retrouvé un réel plaisir à manger ! Avant ce n'était même plus un plaisir, je m'empiffrais. Et puis je sais aussi résister, par exemple, me dire non je n'ai pas spécialement envie de manger cette grosse glace au chocolat, je ne vais pas la manger, alors qu'avant ce n'était pas possible. C'est génial ! »
Pathologie du trouble boulimique
Comprendre ce qui caractérise le trouble boulimique.
Lire
Pathologie du trouble boulimique et hypnose
