Hypnose Thérapeutique

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Hypnose ericksonienne ses principes et singularités

L'hypnose Ericksonienne : sa singularité

Article de Jean Touati, hypnothérapeute

Juin 2009

Y a-t-il différentes sortes d’hypnose ? Qu’est-ce qui caractérise l’hypnose ericksonienne ? Dans cet article je présente, en me référant à divers auteurs, ce qui caractérise spécifiquement l'hypnose ericksonienne.

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L'hypnose thérapeutique pratiquée aujourd’hui par la plupart des hypnothérapeutes s'inspire de la philosophie et de la vision de Milton Hyland Erickson (1901-1980). Psychiatre et psychologue américain, Erickson joua un rôle important dans le renouveau de l'hypnose clinique à partir des années quarante. Cette approche de l'hypnose se définit sous l'appellation d'Hypnose Ericksonienne. Contrairement à ce que cela peut laisser entendre, la dénomination « hypnose ericksonienne » ne signifie pas que l'état hypnotique soit spécifique à cette approche de l'hypnose ; il faut distinguer l'état hypnotique, caractérisé par certains processus psychiques, de la pratique psychothérapeutique menée sous hypnose : l'hypnose ne constitue pas, en soi, une thérapie. Il serait donc plus exact de parler d'hypnothérapie ericksonienne. L'hypnose ericksonienne se caractérise notamment, comme nous allons le voir, par la manière de gérer la relation au patient, de communiquer avec lui, de conduire la thérapie dans une approche stratégique et aussi par la manière d'induire la transe hypnotique. Erickson contribua à inspirer les modèles et protocoles thérapeutiques de la PNL — Programmation Neuro-Linguistique — (Bandler, 1975) ainsi que le courant des thérapies brèves. On peut considérer que la pratique contemporaine de l'hypnothérapie s'inscrit également dans le courant des thérapies humanistes (Carl Rogers, 1942).

Nous retrouverons dans l'article : La remodélisation d’histoire de vie : comprendre la démarche et les bienfaits de la régression dans le passé sous hypnose La remodélisation d'histoire de vie : comprendre la démarche et les bienfaits de la régression dans le passé sous hypnose une démarche détaillée illustrant la pratique de l'Hypnose Ericksonienne appliquée au protocole RHV (Remodélisation d'Histoire de Vie) (Lockert, 2001) que je considère comme un protocole fondamental d'hypnose thérapeutique. Je présenterai dans ce texte sur l'hypnose uniquement quelques points qui caractérisent singulièrement la pratique actualisée de l'hypnose ericksonienne.

En guise d’introduction je reprendrai le discours que je tiens aux patients afin de leur expliquer simplement ce qu'est l'hypnose ericksonienne : le travail en hypnothérapie s'inscrit dans une démarche de thérapie brève. En général trois à dix séances, sur une durée de quelques semaines à quelques mois, sont suffisantes et ceci, même parfois, pour des troubles persistants depuis de nombreuses années. Au travers d’une approche souple, indirecte — nourrie d’un discours métaphorique —, et à la fois active, vous vivrez votre thérapie comme un apprentissage vous amenant à découvrir vos propres ressources. Tout en gardant une part consciente, vous accédez à un « état modifié de conscience » vous libérant de la rationalité et des inhibitions. Vous vous ouvrez à une grande réceptivité et à une créativité démultipliée. Les changements que vous vivrez passeront par le ressenti et les émotions et, contrairement à une approche analytique interprétative, la recherche de causes ou l'interprétation de symptômes ne constituent pas en eux-mêmes des déterminants de la résolution de vos difficultés. 

Cette présentation aussi simple et succincte qu'elle puisse paraître met en exergue les points fondamentaux de ce qui caractérise l'hypnose ericksonienne et sur lesquels je vais revenir.

Elle laisse à comprendre que l'hypnose ericksonienne ne se réfère pas à une théorie figée et unique des troubles psychopathologiques et de leur étiologie 1. Roustang (1990, p.38) rappelle « qu'Erickson n'a pas cherché à proposer un système de pensée car, à ses yeux, chaque individu est singulier et il ne sert à rien de lui appliquer ce qui vaut pour un autre. Il n'y a de thérapie que si le thérapeute réussit à découvrir ce qui convient à cette personne en ce moment particulier. En effet l'hypnothérapeute est face à une grande liberté et créativité dans sa relation avec son patient. Si l'intuition du thérapeute est importante, il s'agit d’une intuition qui a « beaucoup travaillé » et sur laquelle je vais revenir. En ce sens Thierry Melchior (1998, p.67) va jusqu'à dire : « Si beaucoup de "théories" psychothérapeutiques s'étendent longuement sur les "explications" de la réalité et multiplient les systèmes conceptuels en leur accordant un statut de réalité effective à laquelle il y a lieu de croire, c’est probablement, entre autre, parce qu'une de leur fonctions importantes et de rassurer le thérapeute en lui fournissant un univers de réalité relativement stable et prédictible. »

Chertok (2006b, p.43) nous rappelle également que la nature et l'expérience de l'hypnose reste encore difficile à appréhender : « L'hypnose ne produit pas un état stable, mais un état qui fluctue continuellement, qui varie d'un sujet à l'autre et, pour un même sujet, d'une expérience à l'autre. » On sait, toutefois, aujourd’hui démontrer, grâce à l'imagerie médicale (TEP — Tomographie à Emission de Positons), que la remémoration d'un souvenir sous hypnose est véritablement une reviviscence, avec toute sa charge émotionnelle et avec la capacité du patient d'explorer à nouveau cette scène comme lorsqu'il l'a vécue (Thioly, 2007). En effet l'hypnose met en jeu les mêmes aires cérébrales que celles qui sont activées lorsque l'on vit une expérience réelle et en cela la réactivation d'un souvenir sous hypnose est très différente d'une simple remémoration à l'état de veille. Aussi, c'est au travers de cette reviviscence de souvenirs que la démarche RHV nous permet de « manipuler les souvenirs comme des objets » — je reprends cette formule à un patient ayant une formation en philosophie — pour, en quelque sorte, les « remodeler » ou « remodéliser ». Nous verrons, dans le protocole RHV, comment le souvenir est réactivé par un lien émotionnel — « pont affectif » (Watkins, 1971) — et également que, ce qui est visé au travers de cette démarche n'est pas spécifiquement l’abréaction 2 ; lorsqu’elle intervient elle n'est pas généralement accentuée, le thérapeute la modère même grâce à une démarche de dissociation — se regarder soi-même de l'extérieur, comme dans un film. Je reprendrai même quelques mots de Ferenczi — psychanalyste contemporain de Freud — (2006, p.128) à propos de l’abréaction qui expliquent, déjà à l'époque, clairement deux des ressorts thérapeutiques de la RHV : la présence, le soutien, « l'empathie non simulée » du thérapeute mais aussi l'effet de la narration distanciée des évènements réactivés. Il nous dit : « Si la patiente remarque que j'éprouve une réelle compassion pour elle [...] elle devient capable non seulement de me donner une représentation dramatisée des évènements, mais encore de m'en parler. L'atmosphère amicale lui permet donc de projeter les traumas dans le passé et de les raconter comme souvenirs [...] la sympathie, la confiance — réciproque — doivent être établies, avant que ne soit mise en place une attitude nouvelle : la remémoration au lieu de la répétition. »

Revenons sur les particularités de la communication ericksonienne ; la pratique de l’hypnothérapie ericksonienne, comme le souligne la pragmatique linguistique à propos des facteurs communs à toutes thérapies, amène à comprendre qu’elle agit, avant tout, en tant qu’« acte de langage » (Searle, 1972) et, pour ce faire, le thérapeute développe un savoir-faire bien particulier dans sa manière de communiquer et de gérer la relation avec le patient. Thioly (2007, p.127) souligne à quel point Erickson était vigilant à conserver ce caractère singulier à toute expérience humaine ; à toute relation entre humain. Il souligne : « L'hypnose est d'abord une histoire de relation, de lien. » Le langage particulier de l'hypnose ericksonienne prend une grande distance avec la logique et la rationalité. Au travers de la confusion (Erickson, 1986 et Erickson 1990), des truismes, « de la salade verbale » (Lockert, 2001) — il s'agit d’un discours ininterrompu, apparemment sans queue ni tête, mélangeant des histoires, des descriptions banales, etc. —, de « l'utilisation » — le thérapeute utilise tout ce qui se présente à lui, un geste du patient, un bruit dans la pièce, etc. — et en particulier des contes et des métaphores, il chasse les résistances de l'esprit cartésien pour aller s'adresser à l'esprit « inconscient ». Pour cela le thérapeute, lors de l'anamnèse, s'imprègne du discours du patient, de son type de personnalité, de ses modalités sensorielles dominantes, de son langage, de ses émotions... pour « entrer dans ce monde du patient » et lui restituer ce dont il a besoin. Sur ce point il est aux antipodes du discours rationnel et de la dialectique socratique des patriciens en TCC (Thérapies Comportementales et Cognitives — cf. Article TCC et Hypnose : complémentarités et limites "TCC et Hypnose : complémentarités et limites"). Je disais qu'il s'agit d’une intuition qui a beaucoup travaillé ; l'hypnothérapeute va s'appuyer notamment sur les modèles de la PNL. Celle-ci repose en grande partie sur la modélisation de la pratique de thérapeutes remarquables comme Milton Erickson ou Virginia Satir et a développé des protocoles thérapeutiques utilisés sous hypnose. En France, la PNL est souvent présentée sous un volet, un peu réducteur et parfois simpliste, comme un outil de communication alors qu’elle fait totalement partie intégrante de la pratique hypnotique outre atlantique.

Cet inconscient 4 dont parle l'hypnose, bien qu'employant le même terme, est autre que l'inconscient structurel de la psychanalyse. Il est celui des pensées et processus vitaux involontaires et non conscients, et dans une vision humaniste, il est « bienveillant » et dispose de ressources que le patient pourra mobiliser. Il sous-tend cette vision, faite d'humilité, que « ni le thérapeute, ni le patient n'ont à connaitre la nature réelle des remaniements psychologiques que la transe hypnotique va favoriser » (Thioly, 2007 p.129).

Melchior (1998, p.228) souligne une différence majeure avec la vision psychanalytique du traitement : « Tandis que l'approche thérapeutique dérivée de Freud met l'accent sur la prise de conscience, sur l'insight 3, [...] l'approche ericksonienne, au contraire, considère que dans bien des cas l'intervention de la conscience est superflue, voire intempestive et inopportune. » Le thérapeute peut même dans certains cas favoriser l'amnésie afin de protéger les perspectives nouvelles de l'examen critique du conscient ; Erickson et Rossi (1979) ou Watzlawick (1990) nous diraient : « Sillonner la mer à l'insu du ciel. »

Je conclurai par quelques mots de François Roustang (2003, p.149), allant dans le même sens et laissant à réfléchir sur l'utilité de la réflexion rationnelle, de l'interprétation et de la prise de conscience. Ils sont d'autant plus significatifs que bien souvent on les retrouve aussi clairement dans la bouche des patients : « L'hypnothérapie n'a pas besoin de chercher à ajouter un sens, à découvrir un sens qui échapperait, à dévoiler des mécanismes obscurs et inconnus. Elle se contente est c'est tout autre chose, de faire entrer dans le sens qui existe déjà, de faire éprouver ce sens [...] dans la mesure où on s'y trouve plongé. Le sens est l'expérience même. Il n'y a rien à ajouter. »

 

Définitions

Etiologie : en psychologie et psychiatrie l'étiologie est l'étude de la cause — ou les causes elles-mêmes — des troubles psychopathologiques. retour au texte Etiologie

Abréaction : en psychiatrie et psychothérapie — désigne la décharge émotionnelle par laquelle une personne extériorise un affect (émotion et plus généralement l'ensemble de mécanismes psychologiques qui influencent le comportement lié à un souvenir traumatique). L'effet produit est appelé en psychanalyse la catharsis (purgation, purification).
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Insight : La notion d'insight fut proposée par les gestaltistes pour rendre compte de l'émergence soudaine de la solution d'un problème, par un processus de compréhension globale ou par une réorganisation des éléments du problème, après une période de tâtonnement ou face à une impasse. Cette approche s'oppose à la vision des associationistes puis des béhavioristes qui modélisent la résolution de problèmes davantage par une démarche d'essais-erreurs.

La psychanalyse a repris ce terme d'insight pour signifier un moment privilégié de prise de conscience. Selon les courants psychanalytiques cette prise de conscience prend différentes nuances. Paula Heimann (psychanalyste anglaise proche de Mélanie Klein) considère l'insight comme l'acte essentiellement personnel de se voir soi-même.

Wolfgang Köhler (1917) utilise le premier, en 1917, le terme anglais insight en traduisant le terme allemand Einsicht — compréhension, discernement — dans son étude sur le raisonnement des singes.

retour au texte Insight

Inconscient et inconscient cognitif : A l'instar des psychologues cognitivistes, je préfère parler de processus non-conscients ou d'inconscient cognitif. En effet, le terme d'inconscient reste toujours associé aux concepts de la psychanalyse freudienne. Stanislas Dehaene (2009) nous précise que les concepts d'inconscient freudien ne trouvent aucune validation dans la recherche en neuroscience contemporaine. Notamment cette idée d’un inconscient pourvu d’intentions et de désirs qui lui sont propres, souvent d’origine infantile, et structuré par des mécanismes de refoulement et de censure. Il nous rappelle également que, contrairement à l'idée reçue, le concept d'inconscient est bien antérieur à Freud.retour au texteInconscient

 

Bibliographie

BANDLER, R., GRINDER, J. The Structure of Magic I: A Book about Language and Therapy. Palo Alto, CA: Science & Behavior Books, 1975.

BANDLER, R. Le temps du changement. Bruxelles : La tempérance, 2002

CHERTOK, L. Mémoires. Les résistances d'un psy. Paris : Odile Jacob, 2006b

DEHAENE, S. L’inconscient cognitif et la profondeur des opérations subliminales. Paris : Cours donné au Collège de France, 2009

ERICKSON, M.H. Textes établis et commentés par Rosen, S. Ma voix t’accompagnera. Paris : Hommes et groupes, 1986

ERICKSON, M.H. L’hypnose thérapeutique : quatre conférences, Paris : ESF, 1990

ERICKSON, M.H., ROSSI, E.L. Hypnotherapy : an explanatory casebook, New York : Irvington, 1979

FERENCZI, S. (1920-1932) Le traumatisme. Paris : Petite bibliothèque Payot, 2006

KOHLER, W. (1917) L'intelligence des singes supérieurs. Félix Alcan : Paris, 1927.

LOCKERT, O. Hypnose. Paris : éditions IFHE, 2001

MELCHIOR, T. Créer le réel, hypnose et thérapie. Paris : Éd. du Seuil, 2008

ROGERS, C. (1942) La relation d'aide et la psychothérapie, Paris : ESF, 2008

ROUSTANG, F. Qu’est-ce que l’hypnose. Paris : Les éditions de minuit, 2003

SEARLE, J.R. Les actes de langage. Paris : Hermann, 1972

THIOLY, F. TCC et hypnose d'inspiration ericksonienne in A., Bioy & D., Michaux (Eds.) Traité d’hypnothérapie. Fondements, méthodes, applications. Paris : Dunod, 2007, p. 119-148

WATKINS, J. G. The Affect Bridge: A Hypnoanalytic Technique International. Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 1971, p. 21-27.

WATZLAWICK, P. « Therapy is what you say it is », in J.K., Zeig, S.G., Gilligan (eds), Brief Therapy : Myths, Methodes and Metaphors. New York : Brunner-Mazel, 1990, p. 55-61

 

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Jean Touati

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